Quel statut pour les chercheurs et enseignants chercheurs ?



 
La ministre d�l�gu�e � la Recherche Claudie Haigner� a annonc� le 27 f�vrier des mesures en faveur des jeunes chercheurs pour calmer la col�re dans le secteur: pour cette ann�e, 120 postes statutaires (chercheurs et ing�nieurs de recherche) jusqu'alors gel�s seront ouverts au concours, 300 allocations de recherche suppl�mentaires par rapport � la loi de finances 2004 seront attribu�es et les 550 postes contractuels cr��s pour remplacer 550 emplois fixes "seront r�mun�r�s � un niveau sup�rieur de 30% � celui du premier �chelon des emplois statutaires". Ce sont ces CDD, d'une dur�e de 3 � 5 ans, qui posent encore probl�me aux chercheurs qui d�noncent la "pr�carisation de l'emploi scientifique" et l'inadaptation � la recherche fondamentale de ces nouveaux "intermittents" contraints de travailler par "missions".

Le gouvernement pousse toujours � sa r�forme sur l'autonomie des universit�s, et la suite naturelle en est l'adaptation des statuts des personnels. Lorsque le ministre de l'Education Luc Ferry a confi� � Bernard Belloc, pr�sident de Toulouse I, un rapport sur la r�forme du statut des enseignants chercheurs, il a soulign� que les universit�s avaient besoin de "modalit�s de service plus souples que par le pass�" (1). "Il est temps d'admettre qu'une universit� puisse d�cider de moduler les missions de ses enseignants chercheurs en fonction des objectifs qu'elle se sera fix�s � l'occasion du renouvellement de son contrat", a-t-il poursuivi. Selon le Commissariat au Plan , "d'ici 2010, compte tenu des pr�visions de d�part � la retraite des enseignants chercheurs, on estime qu'il faudra recruter 7200 ma�tres de conf�rence et 900 professeurs". La communaut� universitaire craint que ces besoins ne soient pas combl�s et que les statuts d�finis nationalement n'�voluent vers des contrats n�goci�s individuellement entre chaque enseignant chercheur et son pr�sident d'universit�.

Meilleure prise en compte des t�ches
Les syndicats du sup�rieur sont cependant demandeurs d'une r�vision du d�cret de 1984 "portant statut des enseignants chercheurs" afin que soient mieux prises en compte leurs t�ches qui se sont alourdies depuis. Mais ils rejettent en bloc le rapport Belloc, rendu en octobre dernier, qui propose trois degr�s de l'activit� de recherche: "standard", "intensif", "sup�rieur" - il peut aussi y avoir absence de certification notamment "dans les cas d'enseignants chercheurs isol�s dans leur �tablissement d'affectation du point de vue de leur th�matique de recherche". Selon le degr� atteint, �valu� par un organisme ext�rieur, les enseignants chercheurs se verraient affecter un certain nombre d'heures d'enseignement et "des activit�s d'animation et de responsabilit� collectives" (responsables d'�quipes p�dagogiques, accueil de nouveaux publics, valorisation de la recherche etc...).

Selon une des p�titions lanc�es contre ce rapport (2), c'est l'id�e m�me que l'enseignement se nourrit de la recherche qui est remise en cause puisqu'il existerait alors des enseignants non chercheurs. Cette gestion de p�nurie fera que "la qualit� de l'enseignement, la diversit� et la richesse de la recherche publique p�tiront", selon les signataires. De plus, l'abandon de la recherche pour certains pourra �tre per�ue comme une sanction, qui risque d'�tre irr�versible, alors que le ministre promeut la mobilit� entre recherche et enseignement.

Culture de l'�valuation
Bernard Belloc recommande en outre un rapport d'activit� de chaque enseignant chercheur � son chef d'�tablissement tous les deux ans. C'est ainsi une culture de l'�valuation qu'il propose d'introduire, �valuation dont "l'existence m�me (...) rendra cr�dible toute demande d'am�lioration des r�mun�rations et des d�roulements de carri�re". Car les salaires sont actuellement "� des niveaux modestes eu �gard aux comp�tences mises en oeuvre" et "sans incitations appropri�es il n'y aucune raison (...) de s'attendre � un investissement massif et durable des personnels". Le principe de r�mun�rations diff�rentielles pourrait �tre accept� selon Bernard Belloc car "il y a un effet de g�n�ration, les jeunes sont courtis�s par les universit�s �trang�res et sont plus favorables � la valorisation de l'engagement", avait-il estim� dans une interview en octobre.

Roger-G�rard Schwartzenberg, ancien ministre de la Recherche, a vigoureusement r�agi d�s le 27 f�vrier aux mesures d'urgence du gouvernement, les qualifiant de "p�tard mouill�": "notre pays devient formateur de chercheurs � titre on�reux, et exportateur de chercheurs � titre gratuit en mettant les scientifiques qu'il a form�s � la disposition des �conomies concurrentes". C'est bien l� le n�ud du probl�me: la ministre Claudie Haigner� parle elle d'une s�rie de mesures "pour aider au retour des post-doctorants fran�ais expatri�s et la r�mun�ration annonc�e des CDD se veut "attractive par rapport au recrutement par concours".

On peut s'interroger: les r�formes statutaires esquiss�es concernant les chercheurs et enseignants chercheurs vont-elles �tre le rem�de � la fuite des cerveaux, vers le priv� ou l'�tranger? Si le but est le m�me pour tous, l'excellence de la recherche publique fran�aise, les voies pr�conis�es divergent. Esp�rons que le d�bat pr�alable � la loi d'orientation et de programmation sur la recherche, qui doit �tre pr�sent�e au Parlement avant la fin 2004 comme l'a promis le pr�sident Jacques Chirac, sera l'occasion de parvenir � un accord avant d'engager la r�forme.

NB :
(1) Allocution de cl�ture de Luc Ferry au colloque annuel de la CPU � Poitiers le 21 mars 2003
(2) Collectif � Jussieu en lutte �


Alison Cartier 
2004-03-02
source http://www.boivigny.com