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Usages inégalitaires d'Erasmus


Les 20 ans du programme européen d'échanges étudiants Erasmus, en 2007, ont été l'occasion d'une célébration unanime de sa popularité et de ses effets positifs sur les étudiants. A juste titre? Magali Ballatore, dans sa thèse sur "L’expérience de mobilité des étudiants Erasmus : les usages inégalitaires d’un programme d’échange", montre qu'il a plutôt tendance à renforcer des déséquilibres déjà existants en Europe, tant entre étudiants qu'entre établissements.



Usages inégalitaires d'Erasmus
L'objectif initial d'Erasmus était que 10% des étudiants européens soient "en mobilité" chaque année, souligne l'auteur (1). En fait, 1% seulement le sont. En France, la proportion est plus importante dans les grandes écoles, surtout d'ingénieurs, en Italie dans les établissements d'enseignement supérieur au nord de Rome, et en Angleterre essentiellement dans les anciennes universités. Tous les étudiants ne se retrouvent ainsi pas devant la même offre d'échanges, qui sont souvent le prolongement de relations antérieures entre établissements, par exemple dans le domaine de la recherche.
Le programme n'a pas non plus atteint son objectif de réciprocité des échanges: l'Angleterre est "importatrice" d'étudiants, l'Italie et les pays du sud de l'Europe "exportateurs", à l'exception de l'Espagne. La France participe bien aux échanges, dans un sens comme dans l'autre.
L'idée de départ d'une "démocratisation" de la mobilité a été également faussée: les catégories sociales favorisées sont surreprésentées. Erasmus participe pour une minorité à tout un processus d'apprentissage de l'international (depuis l'enfance et les voyages), qui influence la mobilité des individus tout au long de leur vie.

Enfin, même si les étudiants mobiles ont le même statut, ils traversent des expériences Erasmus plurielles, selon leur passé migratoire et leur pays d'origine notamment. Les Anglais peuvent concevoir leur séjour comme un voyage initiatique, à l'instar d'Erasme. Les étudiants des universités françaises, bien plus stratèges et studieux que bohèmes, cherchent à se distinguer de la masse de leurs congénères. En Italie, Erasmus peut être le prélude à une expatriation, le pays ayant vu dans les années 90 l'émigration des diplômés s'accélérer.

Bref, conclut Magali Ballatore, "l’homogénéisation croissante d’une culture plus ou moins mondialisée, l’harmonisation plus ou moins réussie des systèmes d’enseignement, ne suffisent pas pour que s’établissent des échanges égalitaires entre des individus issus d’histoires diverses ou de groupes sociaux éloignés".

NB :

(1) Thèse réalisée à l’université d’Aix-Marseille et à l’Università degli studi di Torino



Alison Cartier
27/04/2008



Voir aussi : erasmus, thèse
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