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Les syndicats étudiants s’attaquent aux dossiers de la rentrée


Logement, coût de la rentrée, baisse des inscriptions, frais illégaux, mastérisation des IUFM : Rémi Martial, délégué national de l’UNI, Thierry Lecras, vice-président de l’Unef et Claire Guichet, présidente de la FAGE, donnent leur sentiment sur les principaux dossiers de la rentrée universitaire.



Droits d’inscription illégaux

Les syndicats étudiants s’attaquent aux dossiers de la rentrée
Le contexte : L’UNEF dénonce les pratiques de 29 universités qui, selon le syndicat, pratiquent des droits d’inscription illégaux, soit la perception de frais supplémentaires au coût légal de l’université.

Rémi Martial (UNI) : La polémique sur les droits d’inscription illégaux mérite qu’on ouvre un débat. L’augmentation des droits classiques ne serait pas forcément une mauvaise chose : elle permettrait aux universités de bénéficier de financements supplémentaires et cela responsabiliserait les étudiants, qui, souvent, n’ont pas conscience du vrai coût de leur scolarité. À l’UNI, nous souhaitons une augmentation des droits de scolarité accompagnée d’un système d’aide sociale, comme le prêt à taux zéro, qui maintiendrait l’accès de l’enseignement supérieur à tous.

Thierry Lecras (UNEF) : Nous avons recensé 29 universités qui perçoivent des droits d’inscription illégaux. Pour l’instant, nous avons déposé des recours gracieux auprès des présidents de ces universités. Nous devons avoir une réunion prochainement au ministère pour examiner les différentes situations. Nous attendons le résultat de cette réunion pour éventuellement déposer des recours en justice.

Claire Guichet (FAGE) : Il faut faire attention car, sur les chiffres, on entend tout et n’importe quoi. Il y a deux choses distinctes. Beaucoup de frais dénoncés comme illégaux ne sont en fait que des services de la fac, qui sont inscrits par défaut dans les frais à la charge de l’étudiant (pour le sport universitaire par exemple). L’étudiant peut décocher cette option, mais il ne le sait pas, il y a donc un gros travail d’information à faire là-dessus. Il est cependant vrai que certains masters demandent des frais qui sont illégaux, notamment dans les écoles internes aux universités comme les IAE ou les écoles d’ingénieurs. Ces pratiques ne sont pas très nombreuses, mais elles sont en augmentation et nous travaillons avec les présidents d’université pour y mettre fin

Logement étudiant

Logements du CROUS, à Tours
Logements du CROUS, à Tours
Le contexte : Si des réhabilitations ou des constructions de logements étudiants sont en cours, l’offre sociale reste très insuffisante et l’offre privée très chère.

Rémi Martial (UNI) : Le logement, c’est le dossier prioritaire de la rentrée, les deux tiers des étudiants sont obligés de trouver un logement en dehors du domicile familial et un tiers a des difficultés, en particulier à Paris. Il faut cesser de confier l’intégralité de la gestion du logement étudiant au CROUS et enfin diversifier les acteurs : faire appel aux universités directement, aux collectivités territoriales. La loi LRU sur l’autonomie permet désormais aux universités de signer des conventions public/privé, c’est une bonne chose. De même, nous saluons le transfert de la gestion de la cité universitaire d’Antony à la communauté d’agglomération des Hauts-de-Bièvre, qui va la rénover. Des logements modulaires vont être construits au Havre, des casernes, comme celle d’Arras, sont reconverties en logements étudiants.

Thierry Lecras (UNEF) : L’UNEF demande une augmentation de 10% des aides au logement étudiant. Celles-ci n’ont presque pas augmenté depuis les années 90 alors que les loyers ont doublé. Il faut également augmenter les constructions et les réhabilitations. Du retard a été pris par rapport aux engagements passés et la politique du gouvernement est contradictoire : on inaugure en fanfare 34 chambres dans la caserne d’Arras mais on abandonne la gestion des 2100 chambres de la cité universitaire d’Antony à la communauté d’agglomération des Hauts-de-Bièvre. La rénovation prévue va considérablement réduire le nombre de logements. Nous voulons une réhabilitation qui préserve l’ensemble des chambres disponibles.

Claire Guichet (FAGE) : Il faut réformer les aides au logement, exonérer les étudiants de la taxe d’habitation pour leur permettre d’accéder au parc privé. En terme de logement social, il faut continuer l’effort assez important de 2009 sur les prochaines années. Nous souhaitions que la capacité de la cité universitaire d’Antony, la plus grande d’Ile-de-France, soit préservée mais Valérie Pécresse nous a opposé une fin de non-recevoir. Les nouveaux logements seront moins nombreux et plus chers. Nous allons nous battre pour retrouver une offre équivalente de logements sociaux étudiants sur l’académie de Versailles.

Le coût de la rentrée

Les syndicats étudiants s’attaquent aux dossiers de la rentrée
Le contexte : Des études menées par l’UNEF et la Fage concluent à une augmentation des coûts de la rentrée de, respectivement, 3,2% et 3%.

Rémi Martial (UNI) : Nous pensons que les études de la Fage et de l’UNEF ne sont pas fiables : elles ne tiennent pas compte des grandes disparités entre les étudiants. Nous souhaiterions qu’une étude indépendante soit menée chaque année. Pour l’instant, le ministère nous a répondu que cela coûterait trop cher.

Thierry Lecras (UNEF) : Les frais sont tirés vers le haut par les dépenses obligatoires : le logement, les inscriptions universitaires, la couverture sociale, le restau U… Nous souhaitons la mise en place d’un dixième mois de bourse qui permette d’affronter les coûts de la rentrée (sur le modèle du treizième mois des salariés qui tombe à Noël).

Claire Guichet (FAGE) : Nous souhaitons la mise en place d’une aide spécifique pour pallier les dépenses de la rentrée ainsi que la suppression du mois de carence avant de recevoir les aides au logement. Nous avons aussi proposé un chèque santé qui prendrait en charge 75% des coûts de la complémentaire santé. Cette idée a d’ailleurs été reprise par le Sénat.

La baisse du nombre d’inscrits à la fac

Université de Rennes 2
Université de Rennes 2
Le contexte : Lors de la première phase d’inscription universitaire, en juillet, le nombre d’inscriptions était en baisse par rapport à l’an passé. Une diminution qui viendrait confirmer la tendance des années précédentes.

Rémi Martial (UNI) : Pour nous, c’est la faute de l’Université qui n’a pas voulu, pendant longtemps, faire de l’insertion professionnelle sa priorité. Mais maintenant, avec la LRU, les choses bougent. Et puis il y a aussi les blocages, à chaque grève étudiante, qui n’incitent guère les nouveaux bacheliers à s’inscrire. Nous avons observé que les universités les plus touchées par les désaffections sont celles où les blocages sont les plus fréquents : à Rennes 2 ou à Toulouse le Mirail, par exemple. Il y a aussi une question de filière. En Lettres, Sciences humaines, Psycho, où il y a peu de débouchés, un manque d’orientation et trop d’étudiants, le phénomène est plus important.

Thierry Lecras (UNEF) : Nous avons constaté une baisse des inscriptions en juillet. Une des causes de cette désaffection est la dégradation des conditions de la vie étudiante qui oblige certains jeunes à se tourner très vite vers le marché du travail, sans être formé. Le nouveau site d’inscription à la fac admission-postbac.fr est aussi responsable de cette situation : il est très complexe et rigide. Valérie Pécresse dit que c’est une question d’ergonomie alors que nous pensons qu’il faut une remise à plat totale du site. Nous voudrions aussi le rétablissement de la sectorisation en Ile-de-France, pour éviter d’avoir des universités à deux vitesses.

Claire Guichet (FAGE) : Pour l’instant, nous n’avons aucune preuve que ça baisse cette année, nous allons attendre la fin des inscriptions de septembre avant de tirer des conclusions. Globalement, sur plusieurs années, il y a effectivement une légère baisse que nous pouvons imputer à la dévalorisation des diplômes universitaires.


Précision: Le 17 septembre, la ministre, Valérie Pécresse, a rendu publics les chiffres définitifs: après une baisse de 10 % depuis cinq ans (soit 2,2% par an en moyenne), le nombre d'inscrits à l'université (hors IUT) ne recule que de 0,5 % à la rentrée 2009.

La mastérisation des IUFM

IUFM de Lyon
IUFM de Lyon
Le contexte : Luc Chatel est devenu ministre de l’Education nationale à la place de Xavier Darcos et des décrets entérinant l’obligation d’être titulaire d’un master pour devenir enseignant à partir de 2010 ont été publiés au Journal officiel fin juillet.

Rémi Martial (UNI) : Luc Chatel, le nouveau ministre de l’Education, a une démarche différente de celle de Xavier Darcos. Pour l’instant, les choses ne sont pas tranchées : nous pensons qu’en discutant, nous arriverons à des solutions satisfaisantes pour tout le monde.

Thierry Lecras (UNEF) : Sur ce dossier de la mastérisation nous attendons une réponse de Luc Chatel qui ne nous a pas encore reçu. Des décrets sont passés cet été et nous dénonçons ce passage en force : à ce moment-là, les négociations syndicales étaient en cours. Il est nécessaire de rediscuter : les questions du cadrage du master, des inscriptions au concours et de l’accompagnement financier des étudiants sont toujours sur la table.

Claire Guichet (FAGE) : La négociation se poursuit sur la mastérisation. Des décrets sont passés cet été, mais il reste à discuter des types de concours ou encore des contenus des masters, par exemple de l’équilibre au sein du cursus entre la future matière enseignée et les matières pédagogiques.

13/09/2009
Propos recueillis par David Allais
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Voir aussi : crous, fage, iufm, logement, lru, unef, uni
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