Pierre Veltz "ne s'y retrouve plus" non plus. Il a fait sien le slogan "assez des réseaux, plus d'acteurs", même s'il a échoué à fusionner les Mines, les Ponts et l'ENSTA du fait de la résistance des grands corps. "Les établissements ont du mal à prendre des décisions stratégiques et pourtant ils n'ont pas beaucoup d'excuses", assène-t-il. Ce qui lui paraît "aveuglant" c’est le problème de la taille des établissements. "Si on veut se remettre sur la frontière technologique, on ne peut rester avec des micro-machins stériles", explique-t-il, comparant les promotions françaises de 100 à 150 ingénieurs aux cohortes de l'Ecole Polytechnique de Lausanne ou du MIT, composées de 1.500 à 2.000 diplômés par an. "Les regroupements permettent des économies d'échelle en matière d'équipements notamment", souligne M. Veltz, songeant aux hautes technologies. Et en termes de visibilité, la formule "the winner takes all" est de mise: "les hubs sont gagnants".
Des idées à foison, Bernard Bobe n'en manque pas non plus: constatant que "depuis un siècle on n'arrive pas à supprimer les grandes écoles", il prône leur "transformation" et leur intégration dans de "vraies universités" à l'image de celles d'Heidelberg, Cambridge, Princeton ou encore Bruxelles. Il a adopté les sept critères que doit remplir un "pôle universitaire et de recherche pour prétendre à l'excellence mondiale", aux yeux de l'Institut Montaigne: masse critique de chercheurs et d'étudiants, unité géographique, sélection, pluri-disciplinarité, continuité enseignement supérieur-recherche, liens étroits avec l'industrie, gouvernance efficiente. "Les réformes conduites depuis deux ans vont dans ce sens", approuve-t-il, demandant un vote du Parlement sur une politique à vingt ans en la matière. Internationaliser le corps professoral, instaurer une liberté de rémunération des enseignants, supprimer le Conseil national des universités, qui recrute et suit la carrière des enseignants-chercheurs, remettre à plat le baccalauréat, fonder de véritables écoles de la deuxième chance, à l'instar de l'Open University britannique, lui paraissent également nécessaires.
Pierre Veltz met aussi l'accent sur le besoin de diversité sociale dans les établissements, une idée "difficile à faire partager dans les écoles d'ingénieurs", témoigne-t-il. Il a même observé un "resserrement de l'origine sociale" des étudiants dans le temps. "Les jeunes ingénieurs ont beaucoup voyagé, ils vivent dans un univers international, mais le revers est qu'ils ont une vision dépréciative de l'espace national", relate-t-il. La diversité ne relève pas que "d'un problème d'équité sociale", c'est aussi "une question de biodiversité génétique", compare-t-il de façon osée.