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Le juge est une femme


Pour réussir le concours de l’Ecole nationale de la magistrature de Bordeaux, mieux vaut être une femme et s'être préparée à l’université Paris II Panthéon-Assas. Et si possible avec l’aide d’un cours privé. Voilà ce qui ressort d’une enquête interne de l’ENM.



Nos futurs magistrats sont des magistrates: 74% des 252 auditeurs (élèves) de la promotion 2007 de l’Ecole nationale de la magistrature, recrutés en 2006, sont des femmes. Une proportion qui apparaît encore plus élevée si l’on ne considère que les auditeurs issus du premier concours, celui réservé aux étudiants : on dénombre alors 152 femmes, soit près de 82%. « Très proche de celui des promotions précédentes, l’auditeur-type de la promotion 2007 est une jeune femme de 25 ans (...) titulaire d’un diplôme de 3ème cycle, qui s'est préparée au concours à l'Institut d'Etudes Judiciaires de l'Université Paris II », affiche sans ambages la direction de la communication de l’ENM, basée à Bordeaux. Au moins l’étudiant qui prépare le concours pour devenir magistrat ailleurs qu’à Paris est-il prévenu.

L’IEJ de Paris II + prépa privée

De fait, sur les 186 admis à l’ENM en 2006, 76 s’étaient préparés au sein de l’IEJ de l’université Paris II Panthéon-Assas. L'institut avait présenté 314 candidats, son taux de réussite est donc de 24%, largement supérieur au taux de réussite moyen au concours, qui évolue entre 5% et 10% selon les années. L’IEJ de Paris II assure pourtant accueillir tous les étudiants candidats à sa formation, sauf ceux des autres universités parisiennes disposant également d’un IEJ, telles les universités Paris I, Paris V ou Nanterre, qui eux, sont refusés.

A Bordeaux, on se défend de toute collusion avec cet IEJ, même s’il est financé par l’ENM en tant que centre de préparation pour le deuxième concours, celui réservé aux fonctionnaires. «Il présente un grand nombre d’étudiants au concours, c’est une préparation réputée et ça se sait», explique Florence Deyts à la direction de la communication de l’ENM.

Derrière l’IEJ d’Assas, on trouve l’IEJ de Bordeaux avec 18 admis et l’IEJ de l’université Panthéon-Sorbonne avec 12 admis. Année après année, ces trois instituts forment le trio gagnant pour préparer l’ENM et ainsi bénéficier d’une formation dont le coût s'élève à 27 000 euros par an (1), les auditeurs étant rémunérés. Toutefois, s’inscrire à l’un de ces trois centres ne suffit pas toujours. Un sondage réalisé par l’ENM révèle qu'environ la moitié des admis ont suivi une préparation dans un institut privé (souvent en plus de celle d'un IEJ). IPESUP, ISP ou encore Juris-Formatio à Bordeaux facturent aux étudiants autour de 3000 euros la préparation pour devenir magistrat.

Bientôt un Bac+5 obligatoire ?

L’IEP de Paris vient de se voir autorisé à présenter ses élèves au concours du Barreau (concours d’avocats) sans que ceux-ci n’aient à passer par l’université, au grand dam des facultés de Droit. Ces dernières pourront toujours se consoler en constatant que les diplômés de Sciences-Po sont loin de truster une majorité de places au concours de l’ENM comme ce peut être le cas pour d’autres concours de la fonction publique.

En effet, sur les 186 admis au concours étudiant, seuls 27 sont passés par un IEP, dont 5 n’y ont effectué qu’un troisième cycle. Et seuls 15 diplômés de Sciences Po ont pu se contenter de ce seul diplôme, qui s’obtient désormais en cinq ans, pour réussir le concours. Parmi eux, 6 sortaient de l’IEP d’Aix, 5 de l’IEP de Paris, 2 de l’IEP de Lille et 1 de l’IEP de Grenoble.

En revanche, 134 admis sont titulaires d’un diplôme de troisième cycle universitaire (dont une majorité a un master recherche en droit privé ou droit pénal), alors que le niveau requis pour passer le concours est encore officiellement fixé à Bac+4. Cela ne durera probablement pas, car ce niveau de recrutement s’insère difficilement dans le schéma LMD. « Tous les jours, des candidats inquiets appellent pour savoir si le niveau de recrutement va passer à Bac+5 », rapporte Florence Deyts. Et ils ont raison de s’inquiéter car pour devenir commissaire de police, il faut un Bac+5 depuis deux ans déjà. Quant aux avocats, près de 34% de ceux qui se sont formés à Paris l’an passé détenaient non pas un, mais deux diplômes de niveau Bac+5 (2).

NB :

(1) Selon un rapport sénatorial, à lire sur http://senat.fr/rap/r06-004/r06-0041.html Notons par ailleurs que l’ENM est dotée de 46 millions d'euros, essentiellement par le ministère de la Justice. 70% du budget de fonctionnement de l’établissement est affecté à la formation continue.

(2) D'après un sondage réalisé à la mi-2006 par l'école du Barreau de Paris auprès de 578 avocats titulaires du CAPA, 61% d’entre eux avaient décroché un diplôme universitaire de niveau Bac + 5, et 34% avaient même deux diplômes de ce niveau. Par ailleurs, 11% détenaient un diplôme étranger en Droit et 12% un diplôme de Grande Ecole. A noter que l’EFB, Ecole de Formation professionnelle des Barreaux du ressort de la Cour d’Appel de Paris est le plus important des 15 Centres Régionaux de Formation Professionnelle des Avocats (CRFPA). La taille de ses promotions varie entre 1250 et 1500 élèves, l’équivalent de la moitié des avocats formés chaque année en France. Il accueille principalement les élèves avocats qui ont réussi l’examen d’entrée des IEJ des universités Paris I Sorbonne, Paris II Assas, Paris V Malakoff, Paris XII Créteil, Paris XIII Villetaneuse et Evry-Val d’Essonne.

13/05/2007
Pierre-Alban Pillet
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Santé | Fonction publique








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