"Le passage aux actes est beaucoup trop lent" en France, a expliqué Claude Allègre lors du deuxième "forum éducation" organisé par l'éditeur de logiciels Cegid. "On a pourtant les moyens" de rattraper la course mondiale, a-t-il souligné, en prenant l'exemple de ces "meilleurs chercheurs" que la France sait former mais non retenir sur son sol. Selon lui, il faut "réagir" sur de nombreux plans dont celui de "l'adaptation de nos formations". Surtout celles prodiguées par l'université, qui a "beaucoup de difficultés avec un sujet, la professionnalisation", a-t-il ajouté. Faut-il donner aux étudiants une culture générale ou un enseignement professionnel? "A l'évidence la réponse est les deux", pour M. Allègre, qui juge que "la France est spécialiste des débats philosophiques qui au fond ne sont pas utiles".
Celui qui est retourné à la recherche a fait valoir son propre bilan comme conseiller de Lionel Jospin puis à la tête du ministère de l'Education: en matière de professionnalisation, il a contribué à créer la licence professionnelle dans le cadre du LMD, les Instituts universitaires professionnalisés (IUP), et a doublé le nombre d'IUT et de BTS. Dans les petites villes, les IUT "ont fourni des techniciens supérieurs directement à l'économie", remplissant par là véritablement leur mission, alors que dans les grandes villes, "ils sont devenus des 1ers cycles de luxe pour des étudiants poursuivant leurs études", a-t-il remarqué.
"Longtemps la professionnalisation a été réservée aux grandes écoles, la grande dame université s'y refusant", note Claude Allègre. Mais cette orientation vers l'emploi a été bridée par un "malthusianisme" des professions, estime-t-il, citant les ingénieurs et les médecins. Si bien que par exemple dans son propre domaine de recherche, les sciences de la vie et de la terre, des "milliers" de postes d'ingénieurs ne peuvent être pourvus. L'ancien ministre reconnaît toutefois que, en dehors du secteur des sciences humaines, "l'université répond relativement vite maintenant" aux besoins de l'économie.