Contrairement aux idées reçues, Harvard n’est pas réservé qu’aux fils et filles de familles aisées. Les études y coûtent certes chères, mais 70% des étudiants reçoivent un soutien financier (1). Ce qui est logique car pour être en haut de la hiérarchie des établissements, il faut attirer les meilleurs et pour les attirer, il faut leur offrir les conditions les plus favorables.
Et question confort, étudiants et enseignants sont servis: un magnifique campus, une bibliothèque extrêmement riche et des salaires de professeurs qui feraient pâlir la plupart des universitaires français.
Pour maintenir ce standing, il faut rester performant, donc avoir les meilleurs étudiants. Le « client » est donc roi et il fait du lèche-vitrine (« to shop a course ») pour choisir ses cours. En début de semestre, il butine de salle en salle puis fait sa sélection. L’importance d’un département et de ses financements dépend de l’intérêt que lui portent les étudiants. Consigne est donc donnée aux professeurs d’être gentils et souriants (« smile, be nice »), en particulier dans cette phase de choix.
Durant le semestre, les professeurs sont évalués par leurs étudiants, parfois deux fois par semestre. C’est un processus très rigoureux qui donne lieu à une publication où l’on trouve le classement des cours. Ce livre, que les étudiants s’arrachent, conditionnera leur choix pour le semestre suivant. Effet pervers, des guerres internes se nouent entre départements concurrents et empêchent des interactions toujours utiles à un projet pédagogique.
Plus grave, les professeurs, soucieux d’avoir une bonne évaluation, deviennent parfois extrêmement généreux dans leur notation et complaisants vis-à -vis de leurs étudiants. Les lettres de recommandation deviennent dithyrambiques. Et Harvard, comme d’autres universités privées américaines, de se retrouver avec un problème d’inflation des notes (« grade inflation »). Du coup, il devient moins évident de faire la différence entre les meilleurs éléments et les moins bons.
Curieux phénomène qui, en hiérarchisant à l’extrême, se retrouve avec des problématiques similaires au système universitaire français, qui, lui, nie la différence de valeur entre les diplômes. Toutes choses étant égales par ailleurs …