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Ce qui attend l'université et le monde de la recherche en 2005




Ce qui attend l'université et le monde de la recherche en 2005
63% des universités ont déjà basculé dans le système LMD. La mise en place de la réforme va se poursuivre pour les établissements des vagues C et D, au fur et à mesure de la renégociation des contrats quadriennaux qui les lient à l'Etat. Le LMD apporte son lot de questions et difficultés: celle du master en droit a été réglée le 8 décembre, avec l'adoption d'un d'arrêté réservant à l'université la délivrance de ce diplôme, mais d'autres problèmes restent non résolus, comme celui des IUP, des licences pluridisciplinaires, ou de la cohérence des formations entre établissements... Quinze membres du personnel de l'enseignement supérieur ont été choisis fin 2004 par la Commission européenne, comme dans les autres pays de l'Union, pour promouvoir le processus de Bologne en France. Leur mission est axée en particulier sur la reconnaissance académique (intégration crédits ECTS-supplément au diplôme, lien ECTS-qualification et compétences) ainsi que sur l'assurance qualité et les démarches d'accréditation, selon la coordinatrice du groupe, Patricia Pol, vice-présidente chargée des relations internationales de l'université Paris XII. Elle fera aussi remonter vers la Commission des informations sur l'application du LMD en France. Y aura-t-il ainsi davantage de coordination au niveau européen grâce à ces relais nationaux?

Dans l'immédiat, il n'y aura pas de nouvelle réforme des universités, portant notamment sur leur autonomie. Pas tant que les réformes du LMD et de la recherche ne seront pas terminées, a encore assuré le ministre de l'Education nationale François Fillon fin novembre à Marseille. Ce qui, a priori, repousse l'échéance à l'horizon 2010! "L'université française a besoin d'évoluer mais en même temps elle n'est pas immobile, elle est en train de connaître une transformation considérable" avec le LMD, a-t-il affirmé. "Nous allons engager une deuxième réforme qui aura des conséquences sur l'université", avec celle de la recherche publique. La Conférence des présidents d'université (CPU) n'abandonne pas pour autant son cheval de bataille: elle demande que la future loi d'orientation et de programmation sur la recherche renforce l'autonomie des universités, afin de leur permettre "une responsabilité pleine et entière et un statut de partenaire pouvant traiter d'égal à égal dans les collaborations tant nationales qu'internationales". Les présidents d'université revendiquent également un "rapprochement des statuts de chercheur et enseignant-chercheur" et un "plan pluriannuel d'investissement de la Nation". "Des décisions qui ne prendraient pas en compte (à court ou moyen terme) ces propositions ne correspondraient pas à un état des lieux réaliste (et) feraient prendre un risque fort à la France en matière de compétitivité pour les années qui viennent et ouvriraient la voie à une non-réforme", a prévenu la CPU après les déclarations de M. Fillon fin novembre. Le bureau de cette instance, qui réunit 104 établissements du supérieur, a été renouvelé mi-décembre mais la nouvelle équipe s'inscrit "dans la continuité de la précédente" sur ces points.

Eviter une nouvelle crise

L'échéance que tout le monde attend, ainsi, est la présentation du projet de loi d'orientation et de programmation pour la Recherche, qui devrait être débattu au Parlement durant le premier semestre 2005. Le gouvernement veut éviter une crise comme celle qui a secoué le monde scientifique l'hiver dernier. Ces mouvements ont conduit à poser publiquement la question de l'avenir de la recherche, et ont entraîné l'organisation d' "Etats généraux", rassemblant chercheurs, universitaires, hommes politiques et acteurs économiques. Un rapport, résultat de ces travaux, a été remis début novembre aux ministres de l'Education nationale et de la Recherche. Si ces préconisations sont laissées de côté, ont averti le collectif "Sauvons la Recherche" et divers syndicats, une nouvelle "action nationale" aura lieu. "Tout refus de prendre en compte les conclusions des Etats généraux et la défense du bien public fera se dresser la communauté scientifique, qui sera soutenue par ses concitoyens", ont-ils déclaré le 21 décembre. Il faut affecter selon eux à la recherche "des moyens financiers et humains importants, bien plus importants que ceux annoncés dans la loi de finances 2005", qui prévoit un budget en progression de 10% par rapport à 2004, c'est-à-dire un milliard d'euros supplémentaires pour ce secteur. Dernier élément venant alimenter le débat: un rapport parlementaire d'information, présenté le 21 décembre également, et intitulé "la recherche publique et privée en France face au défi international". Rédigé par onze députés de tous groupes politiques, il peut donner une idée de ce que sera la loi d'orientation. Parmi les treize propositions avancées: "encourager le financement sur la base de projets", "assouplir les règles de gestion des établissements publics de recherche", "renforcer le dispositif d'évaluation", "augmenter significativement le financement de la recherche", "mettre en place une véritable politique en direction des jeunes chercheurs".
Ce rapport aborde aussi la question "des pôles de compétitivité, pour reprendre l'expression du gouvernement, ou des pôles de recherche et d'enseignement supérieur (PRES), pour reprendre la dénomination issue des Etats généraux de la recherche". Début décembre, des appels à projets ont été lancés par le ministre de l'Equipement, appels qui seront clos fin février. Les dossiers seront départagés au cours du premier semestre, ce qui devrait donner lieu à des luttes entre établissements d'enseignement supérieur. En effet, les pôles associeront entreprises, centres de formation et unités de recherche, pour susciter l'innovation et accroître la visibilité de ces acteurs sur la scène internationale. Ils bénéficieront entre autres de subventions publiques, d'exonérations d'impôt sur les sociétés et d'allègements de charges sociales, et devraient permettre de lutter contre les délocalisations. Les régions Ile-de-France, Alsace et Provence-Alpes-Côte d'Azur ont déjà un ou des projets. "Transformer en pôles chacune des 84 universités actuelles irait à l'encontre du but recherché et dénaturerait l'esprit même de la réforme, estiment les députés dans le rapport d'information. La mise en place de réseaux interuniversitaires, sur le modèle des communautés de communes, est le moyen de lever la contradiction entre la recherche de l'excellence scientifique et les contraintes de l'aménagement du territoire".

04/01/2005
Alison Cartier
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